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«LГ -bas», Joris-Karl Huysmans

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CHAPITRE I

T u y crois si bien Г  ces idГ©es-lГ , mon cher, que tu as abandonnГ© l'adultГЁre, l'amour, l'ambition, tous les sujets apprivoisГ©s du roman moderne, pour Г©crire l'histoire de Gilles de Rais-et, aprГЁs un silence, il ajouta:

– je ne reproche au naturalisme ni ses termes de pontons, ni son vocabulaire de latrines et d'hospices, car ce serait injuste et ce serait absurde; d'abord, certains sujets les hèlent, puis avec des gravats d'expressions et du brai de mots, l'on peut exhausser d'énormes et de puissantes oeuvres, l' Assommoir, de Zola, le prouve; non, la question est autre; ce que je reproche au naturalisme, ce n'est pas le lourd badigeon de son gros style, c'est l'immondice de ses idées; ce que je lui reproche, c'est d'avoir incarné le matérialisme dans la littérature, d'avoir glorifié la démocratie de l'art!

Oui, tu diras ce que tu voudras, mon bon, mais, tout de mГЄme, quelle thГ©orie de cerveau mal famГ©, quel miteux et Г©troit systГЁme! Vouloir se confiner dans les buanderies de la chair, rejeter le suprasensible, dГ©nier le rГЄve, ne pas mГЄme comprendre que la curiositГ© de l'art commence lГ  oГ№ les sens cessent de servir!

Tu lГЁves les Г©paules, mais voyons, qu'a-t-il donc vu, ton naturalisme, dans tous ces dГ©courageants mystГЁres qui nous entourent? Rien. -quand il s'est agi d'expliquer une passion quelconque, quand il a fallu sonder une plaie, dГ©terger mГЄme le plus bГ©nin des bobos de l'Гўme, il a tout mis sur le compte des appГ©tits et des instincts. Rut et coup de folie, ce sont lГ  ses seules diathГЁses.

En somme, il n'a fouillГ© que des dessous de nombril et banalement divaguГ© dГЁs qu'il s'approchait des aines; c'est un herniaire de sentiments, un bandagiste d'Гўme et voilГ  tout!

Puis, vois-tu, Durtal, il n'est pas qu'inexpert et obtus, il est fГ©tide, car il a prГґnГ© cette vie moderne atroce, vantГ© l'amГ©ricanisme nouveau des moeurs, abouti Г  l'Г©loge de la force brutale, Г  l'apothГ©ose du coffre-fort. Par un prodige d'humilitГ©, il a rГ©vГ©rГ© le goГ»t nausГ©eux des foules, et, par cela mГЄme, il a rГ©pudiГ© le style, rejetГ© toute pensГ©e altiГЁre, tout Г©lan vers le surnaturel et l'au-delГ . Il a si bien reprГ©sentГ© les idГ©es bourgeoises qu'il semble, ma parole, issu de l'accouplement de Lisa, la charcutiГЁre du Ventre de Paris, et de Homais!

– mâtin, tu y vas, toi, répondit Durtal, d'un ton piqué. Il ralluma sa cigarette, puis: le matérialisme me répugne tout autant qu'à toi, mais ce n'est pas une raison pour nier les inoubliables services que les naturalistes ont rendus à l'art; car enfin, ce sont eux qui nous ont débarrassés des inhumains fantoches du romantisme et qui ont extrait la littérature d'un idéalisme de ganache et d'une inanition de vieille fille exaltée par le célibat! -en somme après Balzac, ils ont créé des êtres visibles et palpables et ils les ont mis en accord avec leurs alentours; ils ont aidé au développement de la langue commencé par les romantiques; ils ont connu le véritable rire et ont eu parfois même le don des larmes, enfin, ils n'ont pas toujours été soulevés par ce fanatisme de bassesse dont tu parles!

– si, car ils aiment leur siècle et cela les juge!

– mais que diable! Ni Flaubert ni les de Goncourt ne l'aimaient, leur siècle!

– je te l'accorde; ils sont, ceux-là, de probes, et de séditieux et de hautains artistes, aussi je les place tout à fait à part. J'avoue même, et sans me faire prier, que Zola est un grand paysagiste et un prodigieux manieur de masses et truchement de peuple. Puis il n'a, Dieu merci, pas suivi jusqu'au bout dans ses romans les théories de ses articles qui adulent l'intrusion du positivisme en l'art. Mais chez son meilleur élève, chez Rosny, le seul romancier de talent qui se soit en somme imprégné des idées du maître, c'est devenu, dans un jargon de chimie malade, un laborieux étalage d'érudition laïque, de la science de contremaître! Non, il n'y a pas à dire, toute l'école naturaliste, telle qu'elle vivote encore, reflète les appétences d'un affreux temps. Avec elle, nous en sommes venus à un art si rampant et si plat que je l'appellerais volontiers le cloportisme. Puis quoi? Relis donc ses derniers livres, qu'y trouves-tu? Dans un style en mauvais verres de couleur, de simples anecdotes, des faits divers découpés dans un journal, rien que des contes fatigués et des histoires véreuses, sans même l'étai d'une idée sur la vie, sur l'âme, qui les soutienne. J'en arrive, après avoir terminé ces volumes, à ne même plus me rappeler les incontinentes descriptions, les insipides harangues qu'ils renferment; il ne me reste que la surprise de penser qu'un homme a pu écrire trois ou quatre cents pages, alors qu'il n'avait absolument rien à nous révéler, rien à nous dire.

– tiens, des Hermies, si ça t'est égal, parlons d'autre chose, car nous ne nous entendrons jamais bien sur ce naturalisme dont le nom seul t'affole.

Voyons, et cette mГ©decine MatteГЇ, que devient-elle?

Tes fioles d'Г©lectricitГ© et tes globules soulagent-ils au moins quelques malades?

– peuh! Ils guérissent un peu mieux que les panacées du Codex, ce qui ne veut pas dire que leurs effets soient continus et sûrs; du reste, ça ou autre chose… sur ce, je file, mon bon, car dix heures sonnent et ton concierge va, dans l'escalier, éteindre le gaz; bonsoir, à bientôt, n'est-ce pas?

Quand la porte fut refermГ©e, Durtal jeta quelques pelletГ©es de coke dans sa grille et se prit Г  songer.

Cette discussion avec son ami l'irritait d'autant plus qu'il se battait depuis des mois avec lui-mГЄme et que des thГ©ories, qu'il avait crues inГ©branlables, s'entamaient maintenant, s'effritaient peu Г  peu, lui emplissaient l'esprit comme de dГ©combres.

En dГ©pit de leurs violences, les jugements de Des Hermies le troublaient.

Certes, le naturalisme confinГ© dans les monotones Г©tudes d'ГЄtres mГ©diocres, Г©voluant parmi d'interminables inventaires de salons et de champs, conduisait tout droit Г  la stГ©rilitГ© la plus complГЁte, si l'on Г©tait honnГЄte ou clairvoyant et, dans le cas contraire, aux plus fastidieux des rabГўchages, aux plus fatigantes des redites; mais Durtal ne voyait pas, en dehors du naturalisme, un roman qui fГ»t possible, Г  moins d'en revenir aux explosibles fariboles des romantiques, aux oeuvres lanugineuses des Cherbuliez et des Feuillet, ou bien encore aux lacrymales historiettes des Theuriet et des Sand!

Alors quoi? Et Durtal se butait, mis au pied du mur, contre des thГ©ories confuses, des postulations incertaines, difficiles Г  se figurer, malaisГ©es Г  dГ©limiter, impossibles Г  clore. Il ne parvenait pas Г  se dГ©finir ce qu'il sentait, ou bien il aboutissait Г  une impasse dans laquelle il craignait d'entrer.


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