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«RГ©flexions Ou Sentences Et Maximes Morales», FranГ§ois Rochefoucauld

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(1664)

RГ©flexions morales

Nos vertus ne sont, le plus souvent, que de vices dГ©guisГ©s.

1

Ce que nous prenons pour des vertus n'est souvent qu'un assemblage de diverses actions et de divers intГ©rГЄts, que la fortune ou notre industrie savent arranger; et ce n'est pas toujours par valeur et par chastetГ© que les hommes sont vaillants, et que les femmes sont chastes.

2

L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs.

3

Quelque dГ©couverte que l'on ait faite dans le pays de l'amour-propre, il y reste encore bien des terres inconnues.

4

L'amour-propre est plus habile que le plus habile homme du monde.

5

La durГ©e de nos passions ne dГ©pend pas plus de nous que la durГ©e de notre vie.

6

La passion fait souvent un fou du plus habile homme, et rend souvent les plus sots habiles.

7

Ces grandes et Г©clatantes actions qui Г©blouissent les yeux sont reprГ©sentГ©es par les politiques comme les effets des grands desseins, au lieu que ce sont d'ordinaire les effets de l'humeur et des passions. Ainsi la guerre d'Auguste et d'Antoine, qu'on rapporte Г  l'ambition qu'ils avaient de se rendre maГ®tres du monde, n'Г©tait peut-ГЄtre qu'un effet de jalousie.

8

Les passions sont les seuls orateurs qui persuadent toujours. Elles sont comme un art de la nature dont les rГЁgles sont infaillibles; et l'homme le plus simple qui a de la passion persuade mieux que le plus Г©loquent qui n'en a point.

9

Les passions ont une injustice et un propre intГ©rГЄt qui fait qu'il est dangereux de les suivre, et qu'on s'en doit dГ©fier lors mГЄme qu'elles paraissent les plus raisonnables.

10

Il y a dans le cЕ“ur humain une gГ©nГ©ration perpГ©tuelle de passions, en sorte que la ruine de l'une est presque toujours l'Г©tablissement d'une autre.

11

Les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires. L'avarice produit quelquefois la prodigalitГ©, et la prodigalitГ© l'avarice; on est souvent ferme par faiblesse, et audacieux par timiditГ©.

12

Quelque soin que l'on prenne de couvrir ses passions par des apparences de piГ©tГ© et d'honneur, elles paraissent toujours au travers de ces voiles.

13

Notre amour-propre souffre plus impatiemment la condamnation de nos goГ»ts que de nos opinions.

14

Les hommes ne sont pas seulement sujets Г  perdre le souvenir des bienfaits et des injures; ils haГЇssent mГЄme ceux qui les ont obligГ©s, et cessent de haГЇr ceux qui leur ont fait des outrages. L'application Г  rГ©compenser le bien, et Г  se venger du mal, leur paraГ®t une servitude Г  laquelle ils ont peine de se soumettre.

15

La clГ©mence des princes n'est souvent qu'une politique pour gagner l'affection des peuples.

16

Cette clГ©mence dont on fait une vertu se pratique tantГґt par vanitГ©, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble.

17

La modГ©ration des personnes heureuses vient du calme que la bonne fortune donne Г  leur humeur.

18

La modГ©ration est une crainte de tomber dans l'envie et dans le mГ©pris que mГ©ritent ceux qui s'enivrent de leur bonheur; c'est une vaine ostentation de la force de notre esprit; et enfin la modГ©ration des hommes dans leur plus haute Г©lГ©vation est un dГ©sir de paraГ®tre plus grands que leur fortune.

19

Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui.

20

La constance des sages n'est que l'art de renfermer leur agitation dans le cЕ“ur.

21

Ceux qu'on condamne au supplice affectent quelquefois une constance et un mГ©pris de la mort qui n'est en effet que la crainte de l'envisager. De sorte qu'on peut dire que cette constance et ce mГ©pris sont Г  leur esprit ce que le bandeau est Г  leurs yeux.

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